Gérone.

GUIDE BEAUX-ARTS MAGAZINE

Gérone : 48 heures dans la discrète cité catalane qui cache tant de trésors

Par Françoise-Aline Blain

Publié le 8 février 2026 à 07h00, mis à jour le 8 février 2026 à 07h05

Bien au-delà des décors de la série Game of Thrones, Gérone dévoile un patrimoine subtil : une cathédrale monumentale, des bains arabes mystérieux, des remparts panoramiques… et surtout l’héritage moderniste de Rafael Masó, maître local longtemps éclipsé par Gaudí. Une destination élégante et singulière, à contre-courant du tumulte barcelonais.

Loin de Barcelone, ses foules de visiteurs et son quotidien intense, la Catalogne recèle une autre merveille, beaucoup plus secrète. Avec un patrimoine éclectique nourri par des siècles d’histoire, Gérone offre de nombreuses découvertes surprenantes.

Mais la ville n’est pas pour autant figée dans le temps. Marquée par l’architecture moderniste de Rafael Masó, elle dévoile aussi de belles collections et expositions d’art, notamment contemporain. En route pour un week-end tout en douceur. À lire aussi : Barcelone, sur les pas de Picasso, Miró, Gaudí…

Jour 1 – 9h. Une ville façonnée par les siècles

Avant même les musées et les chefs-d’œuvre, Gérone se comprend par sa géographie. Perchée sur un promontoire, « la ville aux mille sièges » s’est construite dans la résistance et la superposition des époques. Les remparts médiévaux, dont certaines sections remontent aux périodes romaine et carolingienne, offrent une promenade d’une intensité presque métaphysique, avec les Pyrénées à l’horizon. En contrebas, les façades colorées des maisons sur l’Onyar, édifiées du XVIIe au XXe siècle, dialoguent avec le pont de fer rouge signé Gustave Eiffel en 1876 – bien avant sa tour parisienne. Une vue qui traverse les siècles sans une ride, même à l’épreuve d’Instagram.

11h. Une impressionnante cathédrale

Il faut d’abord lever les yeux, puis gravir les marches. 90 exactement, qui mènent à la cathédrale de Gérone, immortalisée par Game of Thrones (saison 6). Une référence vite reléguée au second plan tant l’édifice impose sa propre dramaturgie. Édifiée entre le XIe et le XVIIIe siècle, la cathédrale déploie la plus large nef gothique au monde – près de 23 mètres –, impressionnante par son ampleur autant que par sa sobriété. La façade baroque dialogue avec un cloître roman d’une rare finesse. Le musée-trésor conserve des merveilles, dont la Tapisserie de la Création (XIe siècle), chef-d’œuvre roman à la force symbolique intacte. À quelques pas, l’ancien palais épiscopal abrite le musée d’Art de Gérone, l’une des plus riches collections d’art catalan, du Moyen Âge à l’époque contemporaine. À prolonger avec l’exposition « Francisca Rius i Sanuy (1891–1967) – Design et vie » jusqu’au 6 avril prochain.

15h. La modernité catalane de l’architecte Rafael Masó

Impossible de comprendre Gérone sans Rafael Masó (1880–1935). L’architecte natif de la ville incarne le noucentisme, cette modernité catalane qui rompt avec l’exubérance de Gaudí et de l’Art nouveau. Lignes épurées, façades blanches, céramiques vernaculaires et lumière maîtrisée composent les éléments d’une élégance méditerranéenne pensée à échelle humaine. La Casa Masó, sa maison natale posée sur l’Onyar, en est le manifeste. À prolonger avec la Farinera Teixidor et la Casa de la Punxa, autres jalons de son œuvre géronaise.

Jour 2 – 9h. Le Call, mémoire vive

L’architecte Rafael Masó i Valentí (son nom complet) a signé avec l’ancienne minoterie Teixidor (1910) l’une de ses réalisations majeures.
L’architecte Rafael Masó i Valentí (son nom complet) a signé avec l’ancienne minoterie Teixidor (1910) l’une de ses réalisations majeures. i © Pho Ramon Manent / Shutterstock. © Esperit Roca.

Dans le quartier juif, le Call, l’un des mieux conservés d’ Europe, Gérone se fait plus secrète. Dédale de venelles, escaliers abrupts, bâtisses austères, mézouzas encore visibles sur les chambranles… Le lieu invite au silence. Le musée d’Histoire des Juifs, installé sur l’emplacement de l’ancienne synagogue, rappelle le rôle intellectuel majeur de cette communauté, du IXe siècle jusqu’à son expulsion de la ville en 1492. Un chapitre essentiel pour saisir l’âme érudite et plurielle de Gérone.

11h. Entre bains arabes et art contemporain

Au pied de la cathédrale, entre l’église Sant Feliu et les remparts, les bains arabes du XIIe siècle offrent une parenthèse de calme et de géométrie parfaite. Colonnes, coupoles et jeux d’ombre composent un espace presque méditatif, où le temps semble suspendu. À quelques enjambées, le présent reprend ses droits avec El Bòlit, centre d’art contemporain disséminé en trois lieux dans la vieille ville. En sortant, on mesure combien Gérone superpose les époques sans hiérarchie ni nostalgie. Là où d’autres villes catalanes clament leur identité, elle préfère la murmurer. Et c’est peut-être là qu’elle se révèle le mieux. À lire aussi : Week-end nature et patrimoine en Catalogne