Paula Modersohn-Becker, pionnère de la modernité 

LP

Paula Modersohn-Becker (1876–1907)

EXTRAIT DE BEAUX-ARTS MAGAZINE (5€ PAR MOIS, PAPIER ET NUMÉRIQUE, FAUT PAS S’EN PRIVER)



Schade » (« dommage ») : c’est le dernier mot qu’aurait prononcé Paula Modersohn-Becker (1876–1907) avant sa mort prématurée à seulement 31 ans, des suites de son premier accouchement. Peintre prolifique, cette fascinante artiste du début du XXe siècle a laissé derrière elle une œuvre foisonnante comptant plus de 750 toiles et des milliers de dessins. Ces dix dernières années, plusieurs expositions – dont la grande rétrospective du musée d’Art moderne de Paris en 2016 – ont permis au public de redécouvrir cette figure singulière de l’expressionnisme allemand, également popularisée par la très belle biographie signée Marie Darrieussecq, Être ici est une splendeur (éd. P.O.L).À l’occasion du 150e anniversaire de sa naissance, plusieurs événements viennent à nouveau éclairer le parcours de l’artiste, à commencer par les expositions « Becoming Paula » au musée qui lui est consacré à Brême, et « Paula Modersohn-Becker und Edvard Munch. Die großen Fragen des Lebens » à l’Albertinum de Dresde.
La chaîne franco-allemande Arte propose, quant à elle, le documentaire « Paula Modersohn-Becker, peintre et pionnière de la modernité », disponible en streaming sur sa plateforme.Une vie brève mais intenseRéalisé par Vera Brückner et Annelie Boros, ce film retrace le bref itinéraire de cette artiste farouchement indépendante, qui s’est émancipée à seulement 20 ans de la bourgeoisie de Dresde, où elle a vu le jour en 1876, pour rejoindre une communauté d’artistes à Worpswede.
     
           

C’est là, au cœur de la campagne brêmoise, qu’elle fait la rencontre de ses proches amis, la sculptrice Clara Westhoff et le poète Rainer Maria Rilke, mais aussi d’Otto Modersohn, qu’elle épousera après s’être imprégnée des avant-gardes parisiennes lors de plusieurs séjours en France. Fascinée par la peinture de Paul Cezanne, Paula Modersohn-Becker a cultivé durant sa fulgurante carrière un style éminemment personnel, entre cubisme et expressionnisme.
           
Paysages, natures mortes, portraits de paysannes et d’enfants composent cette œuvre vertigineuse. Ses représentations de la maternité sont particulièrement saisissantes : Paula Modersohn-Becker débarrasse ce thème récurrent de l’histoire de l’art de toute idéalisation, préférant traiter ses sujets avec un grand réalisme. De la même manière, elle est la première femme à se représenter nue, et même enceinte, dans d’intenses autoportraits bouleversants de sincérité.Si l’anachronisme de la mise en scène de certaines reconstitutions n’est pas toujours du meilleur effet (même si les images sont par ailleurs très belles), le documentaire se distingue par la diversité des voix qu’il fait entendre : celles de spécialistes, mais aussi celle de l’artiste elle-même, à travers des extraits de son journal, ainsi que celle de Marie Darrieussecq lisant des passages de sa biographie. À cette somme de témoignages s’ajoutent ceux d’artistes contemporaines telles qu’Inès Longevial, Ngozi Schommers ou encore Vivian Greven, offrant une lecture à la fois actuelle et féministe de l’œuvre de Paula Modersohn-Becker, incandescente étoile filante de la modernité